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Inexorable naufrage contre Le Mans

Nantes / Le Mans (1-4) Résumé, le 31 août 2008
 

« Et il est où le FCN ? » interrogeait le kop, désespéré. Eh bien, Nantes n'est plus Nantes depuis longtemps. Ainsi l'ont voulu ses dirigeants, ceux d'hier comme ceux d'aujourd'hui. « Le modèle nantais est dépassé », prétendaient-ils. Ah bon ! En tout cas, ce Nantes-là, new-look, corrigé par Le Mans, est vraiment inquiétant. Le recrutement a été mené de façon incohérente, comme nous l'avions laissé entendre, le niveau de jeu est proche du néant et la lanterne rouge est désormais accrochée aux basques des Canaris. On n'établit pas un bilan global après seulement quatre matches. C'est heureux, il n'empêche qu'actuellement on trouve peu de motifs d'espoir. En haut lieu, on cherche maintenant le « docteur-miracle ». (B.V.)

(© 2008) (http://www.fcnantais.com/articles/080831NantesLeMansResume.php)

Un but symbole
Gervinho s'enfonça dans la défense nantaise comme un couteau bien chaud dans le beurre. Douglao était accroché à ses basques, battant l'air tel un pantin désarticulé, essayant vainement de le retenir. Le Manceau allait trop vite pour lui, il était trop adroit. Il centra en retrait pour Coutadeur dont la reprise, superbe, alla se ficher dans les filets de Tony Heurtebis. C'était quasiment un but d'école, comme Nantes en marquait autrefois, lorsque son destin appartenait aux techniciens davantage qu'aux marchands.

Les Manceaux s'embrassaient, ils menaient 3-1, on en était à la 85è minute, ils savaient qu'ils avaient gagné. Douglao était resté affalé sur la pelouse sur laquelle gisait également Gravgaard qui n'avait pu empêcher Coutadeur de shooter. Les « merveilleuses » recrues de Nantes étaient KO, Klasnic, l'autre astre qui devait illuminer la Beaujoire, avait déjà quitté le terrain, Larièpe restait les bras ballants devant son banc et, dans la tribune officielle, Kita s'était pris la tête entre les mains. « C'est catastrophique », lâchera-t-il.

Un triste, un terrible constat
Le kop, lui, posait depuis un bon moment, en chantant, ou plutôt en pleurant, la bonne question : « Et il est où le FCN ? » En fait, davantage qu'une interrogation, c'était un constat. Un triste, un effroyable, un horrible constat. L'aboutissement de sept années d'errances que l'équipe dirigeante actuelle n'a pas su freiner. Elle a, au contraire, accentué le mouvement en mettant définitivement le club sur les rails de la banalité, ceux du football-commerce. Et son manque de sérénité est telle qu'on peut redouter que ce ne soit pas terminé. Le pire n'est pas forcément derrière nous.

Le divorce entre elle et les spectateurs est en train de prendre tournure. Il était déjà pratiquement prononcé entre ceux qui défendent la culture du jeu à la nantaise et les spécificités qui ont fait la grandeur et la gloire du club. Il risque maintenant de se généraliser.

Divorce en cours ?
20.585 spectateurs seulement ont assisté au désastre. C'est une affluence extraordinairement basse pour un mois d'août, surtout pour une affiche face à un club voisin. La politique tarifaire est bien sûr en cause mais aussi, évidemment, le spectacle proposé, sur le terrain et en dehors. « Un cirque » (1), voulait proclamer une banderole qui fut interdite avant le coup d'envoi et se transforma en inscription blanche. Ce public, censuré en partie, s'est montré dans l'ensemble extrêmement passif, il a assisté au naufrage presque en silence, se montrant surtout bruyant quand il s'agissait de siffler. L'indifférence guette, elle a déjà étreint le coeur de quelques grands anciens qui ne se reconnaissent plus dans ce club.

Et un nouvel entraîneur. Un !
On sait que les opinions se renversent parfois vite et qu'il peut suffire de quelques résultats pour en modifier le cours, surtout chez les esprits faibles ou opportunistes. Mais ce FC Nantes-là est-il capable justement d'obtenir des résultats ? L'expérience Larièpe ayant été concluante, et lui-même ne tenant pas à s'accrocher au banc, du moins est-ce ce qu'il affirme depuis son intronisation, on va donc voir débarquer un nouvel entraîneur.

Si on en croit les informations en provenance de la direction, il n'aura pas la culture nantaise. En l'occurrence, il s'agira de tout sauf d'une nouveauté puisque, si on veut bien faire une exception pour Serge Le Dizet, dont les professions de foi s'érodèrent cependant sous les pressions présidentielles (déjà !), il y a sept ans que le FC Nantes s'est éloigné de ses racines. Et il y a sept ans que nous dénonçons sans répit ces changements d'orientation, lesquels précipitent chaque fois, régulièrement, le club un peu plus vers l'abîme. Et il y a sept ans que les faits nous donnent obstinément, et logiquement, raison.

Recrue n'égale pas renfort
On va, à présent, nous sortir, un nom, tel un lapin du chapeau. On nous dira qu'il s'agit de celui d'un grand technicien. Sauf que cela demandera évidemment confirmation et qu'on a bien peur qu'un grand nom, pour des gens si peu respectueux de l'héritage nantais, ne corresponde pas exactement à l'idée que l'on s'en fait.

Yves Bertucci, l'entraîneur du Mans, n'est pas un grand nom mais il connaît son club depuis longtemps, il en a la culture, il a même contribué à la forger, et son équipe a montré parfois combien le football sait s'accommoder de simplicité. Il a déclaré aussi, à l'heure des commentaires : « notre cellule-recrutement a bien travaillé. » Celle de Nantes peut-elle en dire autant ? Claude Robin affirme dans le dernier « FC Nantes Magazine » (directeur de la publication : Waldemar Kita) : «  nous l'avons observé au Brésil avec Christian Larièpe, il nous a impressionnés par ses qualités techniques dans la relance. Sur ce plan-là, il est au-dessus de ce qu'on connaît en France.  » Robin parle de Douglao. On sait bien : il ne faut pas juger trop vite les recrues (mot qui, on ne le répétera jamais assez, n'est pas synonyme de renforts), Douglao pas davantage que les autres. Il n'empêche que nos doutes initiaux concernant ledit recrutement, qui faisait la part belle à la quantité plutôt qu'à la qualité, ne se sont pas estompés depuis le début du championnat. Bien au contraire. « Peut-être qu'on s'est trompé » a lâché Kita. Oui, peut-être...
Le muscle a été préféré à la technique et l'intelligence du jeu a été négligée. A part ça, n'est-ce pas...

Stromstad n'est pas une armoire à glace
Mais posséder un gros physique peut aussi présenter quelques avantages. On le vit sur le but nantais. C'est en sautant plus haut que les Manceaux, sur un corner botté par De Freitas, que N'Daw ouvrit la marque à la 21è minute. C'est d'ailleurs uniquement sur des coups de pied arrêtés, des corners et des coups francs que Nantes a fait illusion.

Il n'eut toutefois pas le temps de savourer son but. Car si ses joueurs sautent haut, ils manquent de promptitude. Deux minutes plus tard, ils étaient tous aux abonnés absents, N'Daw, Douglao et Gravgaard, lorsque Stromstad, petit lutin manceau qui n'a rien d'une armoire à glace mais joue drôlement juste, glissa le ballon en profondeur à Helstad. C'était donné au bon endroit et au bon moment et Heurtebis, livré à lui-même, ne put que s'incliner.

Sans fil conducteur
Larièpe regretta que cette égalisation soit venue si vite et sur ce plan on ne saurait lui donner tort. En tout cas, plus le match avança par la suite et plus il sembla échapper aux Nantais qui voyaient de moins en moins le ballon en milieu de terrain, malgré les louables efforts de De Freitas et le repli de plus en plus accentué de Da Rocha. Les Manceaux évoluaient quasiment sur un faux rythme mais c'était suffisant pour empêcher toute initiative nantaise et à part un shoot trop lointain de Klasnic, servi par Da Rocha (40è), et un tir à côté de Keserü (43è) on ne vit pas grand chose jusqu'à la pause. Le niveau de jeu, pour être franc, était plutôt moins mauvais que la première période face à Monaco, il y a quinze jours, il restait cependant très, très insuffisant et cruellement dépourvu de fil conducteur.

L'occasion de Gravgaard
On pouvait malgré tout penser que rien n'était encore scellé. Mais durant les arrêts de jeu de la première période les Sarthois frappèrent pour la deuxième fois. Les Nantais, en position offensive, perdirent un ballon que Coutadeur dégagea au loin. Maiga en hérita, il se joua de Maréval et de Gravgaard et décocha, de 20 mètres, un bolide du gauche qu'Heurtebis ne put détourner.

Ce fut comme si on avait coupé l'électricité aux Canaris. Durant le second acte, ils ne jouèrent plus qu'à tâtons, sans imagination et en ordre dispersé. Klasnic qui aurait pu être expulsé (il n'eut qu'un carton jaune) fut sorti par Larièpe qui, on l'a déjà lu, se félicite volontiers de l'avoir enrôlé. Bekamenga lui succéda, sans voir beaucoup plus le ballon et soudain Gravgaard se créa une magnifique occasion de but. L'ennui est que ce fut contre son camp et Heurtebis dut sortir une belle parade pour éviter le pire (64è).

On a entendu « Kita démission »
Le Tallec expédia juste après le ballon sur un poteau, preuve qu'on était plus proche du KO en faveur du Mans que de l'égalisation nantaise. Même si celle-ci aurait pu survenir sur des coups francs, le premier de Keserü (65è), le second de De Freitas (79è). Pelé s'envola joliment à chaque fois et détourna le ballon.

Larièpe lançait ses dernières cartouches : Dossevi à la place de Da Rocha (67è), Goussé à celle de Babovic qui venait d'expédier le ballon dans les tribunes en visant le but (79è), imitant Maréval, lui aussi dans un très mauvais soir. Ce n'était que du rafistolage. Rien ne tournait vraiment rond et la défaite se transforma en punition.

Il y eut un troisième but, celui que nous avons décrit au début. Et puis un quatrième, durant les arrêts de jeu. Un nouveau bijou de simplicité, de facilité et d'intelligence entre Le Tallec et Gervinho qui se chargea d'asséner le dernier coup. Celui qui fit le plus mal. Celui qui fit retentir dans la Beaujoire un nouveau slogan : « Kita démission ! » (2)

 

B.V., le 31 août 2008


(1) La brigade Loire avait prévu un tifo mais aussi une banderole intitulée « C'est quoi ce cirque ? ». Les procédures avaient été respectées. Tardivement cette banderole a finalement été refusée. Pascal Praud pour tenter de désamorcer le désarroi des supporters aurait lancé en leur direction : «  vous allez voir d'ici le milieu de la semaine, vous aurez une heureuse surprise qui devrait vous plaire  ». Encore eut-il fallu que certaines promesses aient été tenues auparavant… La Brigade Loire a donné du temps à la direction et s'en explique dans un communiqué. Mais samedi, elle a jugé que c'en était trop. Elle a donc logiquement annulé son tifo, brandi une banderole vierge de tout slogan pour signifier la censure dont elle venait de faire l'objet et décréter la grève des encouragements tout le long de la partie. Certains de ses membres ont même choisi de reprendre en fin de rencontre le chant lancé plus haut dans la tribune dès le début de la deuxième mi-temps : «  Mais il est où, mais il est où le FCN  »

(2) Deux groupes de supporters de la tribune Loire ont lancé divers chants à l'encontre de la direction du club dès le début de la seconde mi-temps. Non sans humour parfois tel ce « Gripond reviens, Gripond reviens » ou cet air d'Interville comme un écho à la banderole censurée. Des « Direction démission », « Kita casse-toi » ont aussi été entonnés.

 


  Feuille de match :

Nantes - Le Mans : 1-4 (1-2)
Arbitre : M. Fautrel
Spectateurs : 20 500 environ
Buts : N'Daw (21') Helstad (23'), Maïga (45'+1), Coutadeur (84'), Gervinho (90'+3)
Avertissements : De Freitas (52'), Klasnic (58'), N'Daw (80') Keita (79'), Geder (80')

Nantes : Heurtebis - Tall, Douglao, Gravgaard, Mareval - N'Daw, De Freitas, Da Rocha (cap.) (puis T. Dossevi, 67'), Babovic (puis Goussé, 79') - Keserü, Klasnic (puis Bekamenga, 58'). Entr. : C. Lariepe. Sur le banc : N'Dy Assembe, Barré, Guillon, Moullec

Le Mans : Pelé - Ben Frej, Geder, Cerdan, Camara - Coutadeur, Thomas (cap.) - Le Tallec, Stromstad (puis Keita, 78'), Maïga (puis Lamah, 89') - Helstad (puis Gervinho, 66'). Entr. : Y. Bertucci. Sur le banc : Roche, Paulo Andre, Louvion, Dossevi

 

 

 

 

 
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