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1959-60 : Mémorable carton à Boulogne
(Petites et Grandes Histoires du FCN #11)
 
José Arribas
Que serait-il advenu du FCN si ce 10-2 lui avait été fatal ?
 

On ignore si Nantes va se qualifier à Boulogne. Mais on possède au moins une certitude : il ne réalisera pas la même « performance » que le 25 septembre 1960. Cet après-midi là, en championnat de D2, les Canaris avaient été écrasés 10-2. Oui : 10-2.
Le FCN alignait pourtant une bonne équipe avec notamment deux anciens internationaux René Dereuddre et Daniel Carpentier. Lesquels, soit dit en passant, sont oubliés sur le panneau du hall d’entrée de la Beaujoire où figure la liste des anciens internationaux du club, l’historien de la maison canari devrait retourner à l’école. Mais Nantes avait aussi un gardien remplaçant. Récit de cette invraisemblable « catastrophe » que José Arribas, alors jeune entraîneur du Football Club de Nantes, crut lui être fatale.
(B.V.)

     


José Arribas se sent confiant en cette fin septembre 1960 lorsque le FC Nantes prend le train pour Boulogne. L’équipe qu’il a prise en mains quelques semaines plus tôt commence à tourner rond, ses cinq premiers matches se sont soldés par trois victoires, un nul et une défaite. Soit un total de 7 points qui lui permettent d’occuper la troisième place.
Pour ses débuts avec une équipe pro, José a de quoi être satisfait. Surtout, il sent que son message passe bien parmi ses joueurs et qu’ils ne restent pas sourds lorsqu’il leur demande de ne pas jouer n’importe comment mais de soigner la manière, de privilégier au contraire la technique et le collectif. C’est ce football là, basé sur l’attaque, l’intelligence, les passes redoublées et la mobilité, qui vous permettra de découvrir le véritable plaisir de jouer, leur répète-t-il. Ils l’écoutent avec une attention croissante, ils suivent de mieux en mieux ses conseils.

José Arribas venait d’arriver    
En constatant leur application et leurs progrès, en percevant leur enthousiasme naissant, Arribas ne regrette décidément pas d’avoir laissé son café de Noyen-sur-Sarthe et les footballeurs amateurs dont il s’occupait. La séparation a été difficile, il ne comptait que des amis dans ce petit bourg de la Sarthe, mais le foot est sa passion et il sait qu’il ne pourra la vivre pleinement que dans un club pro. Ancien joueur au Mans, il s’est essayé une première fois au métier d’entraîneur à Saint-Malo. L’expérience a tourné court car on ne lui a pas procuré l’emploi de gardien du stade qui lui avait été promis. Arribas n’a qu’une parole et il apprécie peu les gens qui ne tiennent pas leurs engagements. Alors, il se dit que Nantes va peut-être lui permettre de prendre sa revanche, de gommer définitivement ses rancoeurs malouines et surtout de mettre ses belles idées en pratique. De prouver leur bien-fondé.
  Une décennie plus tard : Henri Michel, José Arribas et ses jumeaux, José et Luis.

Deux buts en 6 minutes
Le FCN est un bon club de 2è division, qui sait si un jour prochain il ne pourra pas viser plus haut. En ayant toujours le souci de produire du beau jeu et de resserrer les liens entre les hommes. Ce sont des notions que ce petit réfugié espagnol, chassé de son pays par les cohortes franquistes, a toujours le souci de mettre en exergue. Le joueur n’est rien sans l’équipe, c’est un principe de base.
José Arribas a 39 ans et des convictions avec lesquelles il n’a guère envie de transiger. Aussi quand Boulogne ouvre le score dès la 3è minute, il ne s’affole pas : il a confiance en ses joueurs, il les sait capable de redresser la barre. Boulogne, pourtant, marque un deuxième but à la 6è minute.

« Ils ont tiré 12 fois et marqué 10 buts »
Gilbert Le Chenadec.  

Deux ou trois joueurs nantais jettent alors un regard interrogatif vers le banc. « Eh coach, qu’est-ce qu’on fait ? ». Arribas les exhorte à continuer à jouer de la même façon. Et quand Jean-Marie Couronne ramène la marque à 2-1 à la 16è minute, il se surprend à sourire. Allons, rien n’est perdu. La suite pourtant vire au cauchemar. Alors que Nantes se découvre et part à l’attaque, Boulogne contre. Deux buts en cinq minutes, aux alentours de la demi-heure de jeu, creusent l’écart de manière quasi-irrémédiable. A la pause, Boulogne mène 4-1. Arribas décide pourtant de ne rien changer. Non, on ne resserre pas la défense. Oui, on continue d’attaquer. Gilbert Le Chénadec n’a pas oublié cet invraisemblable après-midi : « Dès le début de la seconde période, nous nous sommes installés dans le camp adverse. Nous dominions largement. Mais à chaque contre de Boulogne, nous étions pris de vitesse et ses attaquants ont bénéficié d’une réussite extraordinaire. Ils ont tiré 12 fois et marqué 10 buts ».

« Je me demandais si je n’allais pas me faire virer le lendemain »
Oui, 10 buts. Nantes s’incline par 10 à 2, Schindlauer ayant tout de même réussi à trouver une faille à la 79è minute. « De mémoire de journaliste, on n’avait jamais vu un tel score au stade municipal de Boulogne » assure le correspondant de « France Football ». On veut bien le croire. Le journaliste met aussi l’accent sur « le football académique, décomposé, lent et vraiment peu inspiré des Nantais ». Peut-être aurait-il mieux fait de tourner davantage sa plume dans son encrier avant de se montrer aussi tranchant. Car le football académique de Nantes, en plus rapide que cet après-midi là, bien sûr, on en reparlera davantage que du jeu long et efficace de Boulogne.
Pour une fois cependant, durant le voyage du retour, José Arribas doute de son avenir. « Plus on se rapprochait de Nantes et plus je me disais que c’était mon dernier voyage avec cette équipe, racontera-t-il. 10-2 ! Je redoutais de ne pas survivre à un tel score. Je me demandais si je n’allais pas me faire virer dès le lendemain. »
Il fut conservé. Pour le bonheur de Nantes et du football.

Le cauchemar de Lepage
Pendant qu’Arribas se pose d’angoissantes questions et repense à sa vie tranquille, dans son café, à Noyen-sur-Sarthe, un gamin de 18 ans, installé dans un compartiment voisin, n’en finit pas de pleurer. Il s’appelle André Lepage. C’est lui qui gardait le but de Nantes, lui qui a ramassé 10 ballons dans ses filets. Daniel Eon est au service militaire, en Algérie, Marc Bachortz le gardien embauché pour le remplacer est blessé et c’est pourquoi le petit Lepage s’est retrouvé sur le terrain de Boulogne. Il est en partie responsable du naufrage et ses copains ont beau faire, ils ne parviennent pas à le consoler. André Lepage n’a jamais oublié son terrible cauchemar.

B.V.


La fiche technique
6è journée de D2, le 25 septembre 1960
A Boulogne : Boulogne bat Nantes 10-2
Buts pour Boulogne : Halberda (3’, 29’, 81’), Grabowski (6’, 34’, 76’), Bonnet (50’, 61’, 73’, 85’).
Pour Nantes : Couronne (16’), Schindlauer (79’).
6.637 spectateurs. Arbitre : Mordest.

Boulogne : Pages – Pawelozek, Turci, Fabro – Rudier, Raspotnik – Halberda, Ganczarczyk, Grabowski, Gaeremynck, Bonnet.
Nantes : Lepage – Carpentier, Samson, Balloche – Bodini, Dereuddre – Robinet, Schindlauer, M’Nick, Couronne, Albertin.

(*) A noter que le joueur boulonnais Grabowski n’est pas celui, un défenseur, qui vint jouer plus tard à Nantes.



(B.V., le 1er mars 2005)

  Histoires du FC Nantes :

- #21 : Henri Michel : Quiconque a aimé un jour le jeu à la Nantaise… (27/08/18)
- #20 : François Thébaud était un partisan du jeu à la nantaise (03/08/08)
- #19 : Oscar Muller : le foot c'était sa vie. (07/09/05)
- #18 : 2001-02 : Sochaux / Nantes - Quand Devineau était héros. (20/05/05)
- #17 : 1979-80 : Nantes / Lille - le bonjour de José Arribas. (13/05/05)
- #16 : 1978-79 : Nantes / Nice - le triomphe inutile. (06/05/05)
- #15 : 2000-01 : Bordeaux /Nantes - une victoire en 23 ans. (15/04/05)
- #14 : 1984-85 : Vol à Auxerre, la main de Roger Boli (02/04/05)
- #13 : 1997-98 : Victoire sur le fil à Paris (05/03/05)
- #12 : 1961-62 : Thadée Cisowski avait joué à Nantes (02/03/05)
- #11 : 1959-60 : Mémorable carton à Boulogne (01/03/05)
- #10 : 1965-66 : Rue de Strasbourg ? Non : rue Ramon Muller (25/02/05)
- #9 : 1957-58 : Le match le plus long (12/02/05)
- #8 : 1965 : Premier sacre contre Monaco (03/02/05)
- #7 : 1979 : Nantes gagne sa première coupe ! (24/01/05)
- #6 : Larmes et rires à Toulouse. (21/01/05)
- #5 : Nantes / Bastia : Au bon souvenir de Mickaël. (11/01/05)
- #4 : Quand les joueurs sauvaient Arribas (30/12/04)
- #3 : 1963 : Nantes bat Sochaux et monte en D1. (16/12/04)
- #2 : La trahison de Ramon. (04/11/04)
- #1 : Joies et Peines (Gondet et Éon). (28/10/04)


Cette rubrique s'ouvre aux souvenirs, à ces pages qui sont restées dans les mémoires et qui ont fait l'histoire du FC Nantes. Un témoignage d'une autre époque qu'il est bon de rappeler. Pour que le témoin passe de générations en générations, les lecteurs de FCNantes.com peuvent contribuer à enrichir ces belles pages de leurs témoignages en nous écrivant. De la simple anecdote aux souvenirs de grands matchs ou de grands joueurs, n'hésitez pas à participer à cette lucarne ouverte sur le passé glorieux de notre club.


 

 

 
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